Plongée dans la ville des Sixties

Brigitte Bardot, le mur de Berlin, les Beatles, mai 68, le nouveau franc, le premier pas sur la Lune… Sans nostalgie d’un prétendu âge d’or, c’est l'album photo de cette époque de tous les possibles que nous vous invitons à revisiter.

Les Sixties : apogée des Trente Glorieuses

Cette décennie voit pousser les tours d’Ozon et de Châteauneuf, le lycée Branly et la piscine, le parc du Chillou et le pont Lyautey, fleurir l’éclairage public, les feux tricolores (12 sur le seul rond-point « haricot » Gambetta) et le tout-à-l’égout.

La révolution Ozon

Aux prémices des années 60, Châtellerault est à l’étroit. La population grimpe du fait de l’exode rural et du baby-boom. Le maire, Pierre Abelin, prend une décision de taille : il demande à l’État la création de la ZUP d’Ozon, plan directeur à l’appui.
Ce carnet de route du futur quartier table sur 1 541 logements, un groupe scolaire, deux écoles maternelles, deux centres commerciaux, un centre médico-social, un poste de sapeurs-pompiers. C’est le top départ du projet sur un quasi no man’s land, un plateau agricole de 56 hectares idéal pour ériger de grands immeubles sans profondes et onéreuses fondations.

Études, choix d’un architecte, enquête publique, construction des réseaux, de voies et de canalisations, division en lots et vente à des
promoteurs sont les préliminaires d’un chantier géant où les grues opèrent à touche-touche. Les acteurs d’alors, professionnels et élus,
rêvent d’un quartier idéal, d’un Châtellerault moderne. La création d’Ozon est une opération de prestige, une opération séduction bâtie
à partir d’un appétit de paix sociale et de confort moderne.

Chantier express

En 1961, les premiers immeubles sortent de terre, des axes et voies se dessinent. Le rythme du chantier est effréné, les barres, les écoles
poussent comme des champignons. En 1964, le square Gambetta est scindé pour créer le lien entre le centre ancien et ce nouveau Châtellerault. Les piles du pont Lyautey viennent défier la Vienne. Le quartier s’irrigue de voies nouvelles plantées de 16 000 arbres. Centre commercial, tours-pagodes, immeubles de standing s’érigent. Le confort des logements dotés de salles de bain et du chauffage central, la proximité des infrastructures font l’unanimité. En 6 ans, les trois quarts des constructions du quartier sont nées.

Le quartier n'a eu de cesse d'évoluer depuis. Les souvenirs des Châtelleraudais sont nombreux à se murmurer, à se propager, ici ou ailleurs...

Janvier 1963 : Une prof de maths Miss France !

En 1963, dix ans après le sacre d’une reine de beauté châtelleraudaise
hissée au rang de Miss Univers, Châtellerault remet le couvert.
À 22 ans, Muguette Fabris, professeur de mathématiques surnommée
« Cléopâtre », est élue Miss France. Elle fait la une de Paris Match qui
raille : « Jamais, dans les annales de l’Université, on n’avait vu un membre du corps enseignant passer un examen en maillot de bain. »

Un tournant industriel

Dans les sixties, l’économie dynamique du bassin industriel châtelleraudais profite du phénomène de décentralisation. Deux fermetures viennent plomber l’ambiance : celles de la Manufacture d’armes et du camp américain d’Ingrandes employant des milliers de Châtelleraudais.

Et pourtant, elles ont été un facteur clé de réussite économique sur le long terme. Car les nouvelles industries décidées à s’implanter en province ont besoin de bras. Les licenciements annoncés sont pour elles un argument en faveur de Châtellerault : ici, elles n’échoueront pas à recruter de la main-d’oeuvre qualifiée.

De nouvelles zones d’activités se créent avec Mescle, AMS, Fabris, Hispano-Suiza. Jaeger (actuellement Magneti Marelli) et Sarco s’implantent en zone nord. Le « camp des Chinois » de la Brelandière voit arriver Sfena (aujourd’hui Thalès). Socotra leur emboîte le pas en 1965 : 12 % des conserves de champignons de Paris consommés dans l’Hexagone y sont alors produits.

En 1967, le jeune Jacques Chirac confirme l’implantation d’Hutchinston (actuel Aigle) sur le site du camp américain. Aéronautique, automobile, alimentaire, métallurgie, confection et autres industries ont trouvé dans les années 60 châtelleraudaises le terreau de leur croissance encore d’actualité.

Rétrospectivement, la faculté de rebond de Châtellerault force l’admiration! L’implantation de nombreuses industries fait un exceptionnel pied de nez aux fermetures de la base américaine et de la Manufacture d’armes. Jaeger, Sarco, Sfena, Sochata, Socotra, Hutchinson… Toutes ces entreprises ont créé des milliers d’emplois. Si leurs activités ont évolué, si leurs noms ont changé, reste en dénominateur commun cette fantastique période d’éclosion.

Juin 1963 : de Gaulle à Châtellerault

Le président de la République fait
une visite marathon. Charles de Gaulle arrive
dans une DS noire, s’entretient avec Pierre Abelin,
premier édile de la ville, signe le livre d’or.
Il monte à la tribune installée devant la mairie
pour prononcer un discours devant un parterre
de 6 000 habitants. Ensuite, le président file
à la plaine d’Ozon découvrir le quartier encore
en chantier.

1966 : du beau monde à la foire expo

En 1966, Dalida et Michel Delpech sont les têtes d’affiche de la foire-exposition boulevard Blossac. Puis, c’est le jeune Michel Polnareff qui monte sur scène. Au grand dam du public qui trouve cet hurluberlu entonnant « Love me please Love me » peu à son goût… et lui fait vertement savoir ! En 1968, la foire-exposition prend ses quartiers au Chillou. Claude François en personne ouvre le bal de ce nouvel équipement, escorté de ses Claudettes revêtues de paillettes.

1969 : Mammouth ouvre !

En 1969, l’ouverture de Mammouth, premier centre commercial de
la Vienne, est un évènement. Le slogan « Mammouth écrase les prix »
marque les esprits et la réclame châtelleraudaise vante la taille
du magasin « Deux fois plus long que le pont Henri IV ».
Des animations incitent les habitants à venir remplir le caddie
(sans monnayeur !) en famille. L’espace commercial estampillé du
sympathique pachyderme dispose d’un parking géant, d’une cafétéria
et d’une jardinerie logée dans une architecture type soucoupe volante.

Les sixties et des souvenirs

Les années soixante, décennie prodigieuse, ont révolutionné le monde et forgé le Châtellerault d’aujourd’hui...